Assemblé ou fabriqué au Vietnam :
la nuance qui va tout changer.

Une lampe peut traverser le Vietnam de deux façons : y passer quelques jours dans un entrepôt, ou y être réellement fabriquée.
Pendant longtemps, la différence n'intéressait que les douaniers. Elle est en train de décider de la prochaine vague industrielle en Asie.

Une ligne de production automatisée. La question n'est plus où se trouve l'usine, mais ce qu'elle fabrique vraiment.

01Une lampe, deux trajets

Prenons une lampe de bureau. Dans le premier scénario, elle sort d'une usine de Shenzhen, entièrement montée. Elle arrive au port de Hai Phong, on change son carton, on lui colle une nouvelle étiquette, et elle repart vers Los Angeles. Dans le second, seuls le circuit électronique et l'ampoule viennent de Chine. Le pied en métal est usiné près de Hô Chi Minh-⁠Ville, l'abat-⁠jour est dessiné et produit sur place, l'assemblage et les tests se font dans une usine vietnamienne.

Sur le papier, les deux lampes partent du Vietnam. Pour Washington, seule la seconde est vietnamienne. Et c'est autour de cette nuance que se négocie aujourd'hui l'avenir commercial du pays.

02Comment le Vietnam est devenu incontournable

En 2018, quand la guerre commerciale entre Washington et Pékin commence, le Vietnam vend pour 47,5 milliards de dollars de marchandises aux États-⁠Unis. Sept ans plus tard, en 2025, il en vend pour plus de 153 milliards. Pour continuer à vendre en Amérique sans payer les droits imposés à la Chine, une partie des industriels a déplacé sa production quelques centaines de kilomètres plus au sud.

Au premier semestre 2026, le Vietnam est ainsi devenu le pays avec lequel les États-⁠Unis enregistrent le plus gros déficit commercial : 114 milliards de dollars, devant Taïwan, le Mexique et la Chine, selon les données fédérales américaines citées par le Wall Street Journal.

Mais à Washington, on regarde aussi un autre chiffre. Entre janvier et août 2026, le Vietnam a vendu pour 122 milliards de dollars aux États-⁠Unis, et acheté pour 161,9 milliards à la Chine.

Ce décalage n'est pas en soi le signe d'une fraude. Il raconte la place que le Vietnam a prise dans l'industrie asiatique.

Des composants arrivent de Chine, de Corée ou du Japon, sont transformés ou assemblés dans les usines du pays, puis repartent vers l'Amérique et l'Europe. La question que pose Washington tient en une ligne : quelle part de la valeur est réellement créée sur place ?

03À la table des négociations, tout se joue sur l'origine

Hanoï et Washington négocient un accord commercial depuis le printemps 2025. Le cadre posé en octobre de cette année-⁠là prévoyait un droit de douane de 20 % sur la plupart des produits vietnamiens, et de 40 % sur les marchandises transbordées, celles qui ne font que passer par le Vietnam pour masquer leur origine. Depuis, les décisions de justice aux États-⁠Unis ont rebattu les cartes : mi-⁠octobre 2026, la plupart des produits vietnamiens étaient taxés à 12,5 %, selon Bloomberg.

Côté vietnamien, on se dit prêt. Le 7 octobre, le ministère de l'Industrie et du Commerce annonçait que la quasi-⁠totalité du texte était négociée. Une semaine plus tard, le vice-⁠Premier ministre Phạm Gia Túc indiquait que Hanoï avait renvoyé ses derniers commentaires, et que l'accord serait signé dès que les deux parties seraient d'accord. Côté américain, on rappelait que rien n'était encore conclu. Le transbordement et les barrières non tarifaires restent les points les plus disputés.

Au fond, le taux compte moins que la règle. Revenons à notre lampe : c'est la règle d'origine qui dira si elle paie le droit applicable aux produits vietnamiens, ou celui, bien plus lourd, réservé aux produits transbordés.

04Hanoï n'a pas attendu

Sans attendre la fin des négociations, le gouvernement vietnamien a posé sa propre définition. Le décret 384/2026/NĐ-⁠CP, signé le 9 octobre 2026, entre en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2027. Jusqu'ici, rien ne disait précisément ce qu'était un produit « fabriqué au Vietnam » : un premier projet de texte, en 2019, n'avait jamais été adopté.

La logique est assez lisible. Une mangue cueillie dans le delta du Mékong ou du charbon extrait à Quảng Ninh sont vietnamiens par nature. Pour tout le reste, c'est-⁠à-⁠dire tout ce qui est fabriqué avec des pièces importées, il faut remplir l'une de deux conditions : transformer suffisamment le produit pour qu'il change de position dans la nomenclature douanière, ou atteindre au moins 30 % de valeur vietnamienne.

Notre première lampe ne passerait pas : changer un carton, coller une étiquette ou visser deux pièces ensemble ne compte pas. La seconde, oui. Et le décret va plus loin : la recherche, le design, la programmation et les tests logiciels réalisés au Vietnam peuvent entrer dans le calcul des 30 %. Hanoï ne veut pas seulement des chaînes d'assemblage, il veut aussi des bureaux d'études.

Une précision. Ce décret encadre la mention « fabriqué au Vietnam » sur le marché intérieur. Il ne décide pas de l'origine reconnue par les douanes américaines ou européennes, qui ont leurs propres règles. Aux États-⁠Unis, un produit doit avoir acquis sur place un nom, une nature ou un usage nouveaux.

Mais en se dotant de critères chiffrés, Hanoï arrive à la table des négociations avec une définition claire, et prévient les investisseurs que la valeur créée localement sera mesurée.

05Une ambition qui ne date pas d'hier

Ce décret prolonge un choix fait il y a longtemps. Sous Nguyễn Phú Trọng, le Vietnam a ouvert grand ses portes à l'industrie étrangère et multiplié les accords de libre-⁠échange, dont celui signé avec l'Union européenne, entré en vigueur en 2020. Le Président et Secrétaire Général Tô Lâm accélère aujourd'hui le mouvement, avec un cap clair : garder davantage de valeur sur place, dans les composants, la conception et les technologies.

Les investisseurs ont suivi. Sur les neuf premiers mois de 2026, le pays a enregistré 50,4 milliards de dollars d'investissements étrangers, 76 % de plus qu'un an plus tôt, dont 21,1 milliards déjà décaissés. L'industrie attire près de la moitié des nouveaux capitaux et plus de 80 % de l'argent effectivement investi. Singapour arrive en tête, avec 31,7 % des nouveaux capitaux, devant la Corée du Sud (19,5 %).

Et la France ? D'après la direction générale du Trésor, elle n'était que le 16ᵉ investisseur étranger au Vietnam selon les données publiées début 2025, deuxième parmi les Européens derrière les Pays-⁠Bas, avec environ 250 entreprises présentes. Pourtant, en février 2026, Bpifrance classait le Vietnam parmi les cinq marchés d'export les plus prometteurs pour les entreprises françaises, avec l'Indonésie, le Maroc, le Canada et les Émirats arabes unis. L'intérêt est là. La présence, elle, reste modeste.

06Trouver sa place, au sens propre

Si l'accord avec Washington est signé, on s'attend chez Liên à une nouvelle vague d'implantations industrielles. Elle arrivera sur un marché déjà tendu. Au deuxième trimestre 2026, 86,1 % des terrains des parcs industriels de Hô Chi Minh-⁠Ville étaient occupés, pour un loyer moyen de 187,5 dollars le mètre carré sur la durée du bail, selon Cushman & Wakefield. Les usines prêtes à l'emploi y sont occupées à 89,7 %, les entrepôts à 98,7 %.

Dans le Nord, c'est la manière de s'implanter qui change. Au premier semestre 2026, les projets d'usines, prêtes à l'emploi ou construites sur mesure, représentaient 54 % des nouveaux projets industriels étrangers de la région et 73 % des capitaux, contre 27 % pour l'achat de terrain. Dans des chaînes d'approvisionnement en pleine réorganisation, démarrer vite devient un avantage, souligne Savills.

Concrètement, trois chemins s'offrent à un industriel. Le plus rapide est l'usine prête à l'emploi, proposée par des promoteurs comme BW Industrial, Frasers Property, KTG Industrial ou SLP, qui permet de produire en quelques mois. Vient ensuite l'usine construite sur mesure, livrée clés en main par un constructeur spécialisé, parfois avec une solution de financement, et pensée autour d'une ligne de production précise. Reste enfin l'achat d'un terrain et la construction en propre, qui demandent plus de temps et de capital. Le bon choix dépend du secteur, des volumes, et de la proximité nécessaire avec les fournisseurs et les ports.

07Avant de chercher un terrain

Avec le décret 384 et l'accord en préparation, une adresse au Vietnam ne suffira plus. Pour reprendre notre lampe, tout commence par des questions très concrètes : ce qui sera fabriqué sur place, ce qui pourra être acheté à des fournisseurs vietnamiens plutôt qu'importé, et quelle région offre le bon tissu industriel. Les réponses décident ensuite de la zone, du type d'usine et du calendrier.

Chez Liên, on accompagne les entreprises européennes sur cette étape : lire le marché, choisir la région et la zone industrielle, puis les mettre en relation avec les bons partenaires sur place, promoteurs, constructeurs ou fournisseurs. Ceux qui préparent leur implantation maintenant choisiront leur terrain. Les autres prendront ce qui reste.

Sources : douanes vietnamiennes et ministère de l'Industrie et du Commerce (via VOV), Office national des statistiques du Vietnam, données fédérales américaines citées par le Wall Street Journal, Bloomberg, décret 384/2026/NĐ-⁠CP, direction générale du Trésor, Bpifrance, Cushman & Wakefield, Savills. Chaque chiffre renvoie à sa source dans le texte.

S'implanter au Vietnam

Une implantation à préparer,
une région à choisir ?

Liên accompagne les industriels européens de la lecture du marché
jusqu'à la mise en relation avec les bons partenaires sur place.

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